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Après ingestion, que devient le médicament, qui agit en nous ? Digéré, transformé ou non, et rejeté, les molécules continuent leur chemin dans notre environnement. Il y a bien une réalité : celle de la présence, en très faibles concentrations, de multiples  molécules potentiellement très actives sur les mécanismes biologiques, et cela parmi beaucoup d'autres xénobiotiques.

 

 

pollution des rivières avec les lessives et détergents

 

 

Un médicament : qu’est ce que c’est ?

Un médicament est constitué d’une ou plusieurs molécules actives. Ces molécules ne sont pas des substances chimiques anodines : les molécules-mères ont été conçues et fabriquées pour avoir une activité sur la matière vivante. C'est ainsi qu'elles modifient, par leurs propriétés pharmacologiques, les mécanismes biologiques des organismes destinataires (les espèces cibles), leur vocation peut également être de tuer des virus, des bactéries, des champignons, des parasites (protozoaires, helminthes, arthropodes....).

 

Cycle de vie d’un médicament

Ces molécules-mères et certains de leurs métabolites sont donc susceptibles d'agir sur les mécanismes biologiques d'espèces non-cibles, telles celles de la flore et de la faune habitant le milieu aquatique et le sol et exposées en permanence à ces molécules. Quelques exemples classiques illustrent l'écotoxicité des RM :

• la molécule-mère,

• les métabolites excrétés,

• les métabolites environnementaux résultant de la transformation dans l'environnement (par hydrolyse, photolyse...) des molécules excrétées.

Dans le cas de l'homme, ces molécules se retrouvent dans les eaux résiduaires urbaines qui sont épurées en station d'épuration et rejetées dans les eaux superficielles (cours d'eau, mer). Une partie des RM retenus dans les boues est ultérieurement déposée sur les sols, si celles-ci sont épandues. En cas de système d'assainissement individuel, ce sont les eaux souterraines qui constituent le milieu récepteur.

Dans le cas de l'animal, différents cas de figure existent :

• pour les animaux de rente, animaux dont les produits sont destinés à la consommation, qui représentent de très loin le flux majoritaire de médicaments vétérinaires, les RM sont rejetées avec les déjections soit directement sur le sol lorsque les animaux sont en pâture, soit indirectement pour les animaux en stabulation, notamment pour les élevages hors-sol ; dans ce dernier cas, les déjections sont d'abord entreposées, puis dans un second temps épandues sur les terres agricoles. Les RM contenues dans les déjections rejoignent en partie les eaux souterraines en fonction de leurs caractéristiques physico-chimiques et de celles des sols ;

• pour les animaux de compagnie, les RM suivent la destination des déjections de ces animaux : déchets ménagers, eaux de lavage des rues...

• pour les animaux d'élevage aquacole, les RM se retrouvent directement dans le milieu aquatique.



produit dangereux pour l'environnemet acquatiqueMilieu aquatique et les xénobiotiques

Le milieu aquatique contient de nombreux xénobiotiques autres que les RM. Ces substances sont apportées par toutes les voies possibles : les eaux en provenance des stations d'épuration, les eaux pluviales, les eaux de ruissellement, les échanges avec les eaux souterraines. Ces xénobiotiques, qui résultent d'activités domestiques, industrielles, agricoles, peuvent également provenir de dépôts atmosphériques. Ils relèvent de catégories diverses en fonction des typologies adoptées : famille chimique, usage, règlementation....

 

Ainsi, au sein des phytopharmaceutiques, qui constituent un ensemble de produits chimiques soumis à une réglementation spécifique et utilisés pour protéger les plantes vis-à-vis d'organismes nuisibles divers (champignons, arthropodes, plantes...), on retrouve des familles chimiques variées : organophos-phorés, organochlorés, carbamates, organomercuriels, pyréthroïdes, triazines, dérivés de l'urée... .

 

 

Médicaments en France

La France est le premier pays consommateur de médicaments au sein de l'Union européenne aussi bien de médicaments à usage humain que de médicaments vétérinaires. Voici le tableau des 10 médicaments et molécules les plus vendus en France –données 2005-

les-10-medicaments-les-plus-vendus-en-France.jpg

 

 Etudes d’impact environnemental

Les études de la Predicted Environnemental Concentration -PEC- ne poussent pas à la généralisation des études d’impact. Au contraire. Si la PEC est inférieure à un certain seuil (pour les médicaments à usage humain, avec les eaux superficielles comme milieu récepteur, le seuil est 10 ng/L), on en conclut à l'absence de risque environnemental et s'affranchit de toute étude de l'impact environnemental de la molécule en phase II.

A l'heure actuelle il existe un manque de transparence le plus total sur les impacts environnementaux des molécules médicamenteuses mises sur le marché. Elle est explicitement requise depuis 2006. De plus lors des modifications apportées pour le générique ou une modification de formulation, l'étude environnementale n'est pas réclamée. Dernier point important l’étude environnementale n’est pas pris en compte lors de l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) de sorte qu’à elle seule, le produit ne peut être interdit que pour ce seul motif.

Il est à noter et proposé dans ce rapport parmi les propositions, la mise en place de prélèvements transversaux par les différents organismes responsables –ONEMA, ANR …), qui ne se limiteraient pas à une simple analyse de présence mais d’étude d’impact : une pharmacovigilence.

 

 

 

Médicaments et pollutions : exemples

1. Une rivière du bassin de la Loire présente en aval d'un site industriel de fabrication de médicaments des phénomènes avérés de féminisation de différentes espèces de poissons, phénomènes qui sont absents en amont du rejet. Cette pollution intéresse une usine qui fait pourtant l'objet d'une attention particulière de l'administration : la réduction de ses rejets bénéficiait il y a déjà 25 ans des aides d'un contrat de rivière et de l'agence de l'eau.

2. La Commission internationale de protection du lac Léman (CIPEL) a présenté le cas suivant : à la suite de la mesure de la concentration de diverses molécules de médicaments dans les eaux du lac, ont été détectées des teneurs anormalement élevées de carbamazépine (antiépileptique) et de mépivacaïne (anesthésique local). Une usine pharmaceutique implantée sur le Rhône en amont du lac et suspectée d'être responsable de ces teneurs, a fait l'objet de prélèvements en continu de ses rejets (la fabrication des molécules se faisant par séquence, les rejets sont discontinus et seul un prélèvement continu sur une longue période permet de détecter les polluants). C'est ainsi qu'ont été évalués des flux annuels de rejet en 2008 de 1382 kg de carbamazépine29 et de 645 kg de mépivacaïne. Par la suite, ces flux ont été divisés par un facteur compris entre 2 et 4, simplement par incinération des eaux de process. Auparavant le rejet de cette usine était surveillé en continu par le seul paramètre COT (ou carbone organique total, paramètre qui intègre l'ensemble du carbone des molécules organiques et exclut une approche par substance).

3. Dans l'Etat de New-York, trois établissements de formulation de médicaments ont été confirmés comme étant à l'origine d'apports notables de ces mêmes molécules en station d'épuration urbaine (cf. http://pubs.acs.org/doi/full/10.1021/es100356f).

 

Médicaments et les stations d’épuration

La grande majorité des résidus de médicaments à usage humain, consommés par les patients ou non, passent par les stations d'épuration urbaines (STEP). Dans les STEP performantes, le degré l'élimination des RM est évalué à 80%. En fait, il varie selon les molécules : certaines sont  efficacement dégradées, d'autres très peu ; certains résidus, en fonction de leur lipophilie passent dans la phase “boues” contrairement aux molécules hydrophiles. La réduction des flux de RM et donc de leurs rejets dans le milieu aquatique passent par une amélioration de l'efficacité de la dépollution des micropolluants organiques par la STEP, amélioration qui peut faire intervenir différentes techniques et notamment l'optimisation du traitement biologique (temps de séjour, niveau d'aération).

 

 

Pour aller plus loin :

Découvrez la seule PME française, au Monde, qui traite une large gamme de xénobiotiques :

 

Pour une lecture approfondie dont sont extraits cet article, je vous conseille de lire le rapport MEDICAMENT ET ENVIRONNEMENT la régulation du risque médicament vis-à-vis du risque environnemental.

 

 ou http://www.cgpc.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/007058-01_rapport_cle2ef48b.pdf

 



Tag(s) : #environnement

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